Laisse-moi danser dans ta bouche.
… et je sens que dans ta bouche je suis perdu.
Un univers parallèle, et pourtant je bouge; et à la fois je tombe dans tes lèvres avec une irréversibilité suicidaire.
Je me cache dans tes lèvres, et je ne trouve que l’immensité de ma solitude. Parce que tes baisers ne me comblent jamais. Embrasse-moi encore une fois. Puis encore. Laisse- moi me perdre encore une fois, et excuse moi de toutes ces pertes.
Je suis à la maison, perdu dans tes lèvres.
Excuse-moi.
Embrasse-moi encore une fois.
Je voudrais rester collé à tes lèvres pendant des heures, jusqu’à que ça devienne insupportable. Je veux tes lèvres en chair et sang, collées aux miennes. Poignarde- moi au bout de tes lèvres avec une certitude voluptueuse.
Laisse-moi danser dans ta bouche.
Laisse- moi te manger.
Je veux ta chair, la chair de tes lèvres. Nourris mon cannibalisme, mon envie de chair fraîche,
Laisse-moi respirer de ton air; capturer ton souffle. Faire prisonnier ta respiration en moi, avec cet acte innocent.
Je veux te manger; que pour un instant tu fasses partie de mon corps par ce baiser. Une extension de moi.
Laisse-moi danser dans ta langue.
Accueille-moi dans ton palais. Fais de ta bouche un espace que pour moi.
Je veux…
Comble ma soif, et que ton eau bénite soit ma seule justification. Par ta bouche libère-moi de toute faute et couvre- moi de tous les péchés possibles.
Laisse-moi me noyer dans l’eau de ta bouche. Je ne veux pas être sauvé.
Laisse-moi danser dans tes liquides.
… et puis encore une fois pardonnez-moi d’être perdu en toi…
Je ne peux pas éviter capturer tes mots, et te rendre mouillé dans le silence. Ne parle pas. Et si un mot essaie de sortir il devra lutter avec ma langue, tes mots et ma langue confrontés dans une bataille titanesque.
Laisse-moi danser dans tes mots.
Laisse-moi danser dans ton souffle.
Tais-toi, ne bois plus, ne mange pas. Censure cet espace pour tout autre activité que mon propre plaisir.
Mange-moi aussi.
Je ne veux pas être le seul acteur de ce massacre. Je peux aussi être chair de ta nourriture.
Tu pourras danser dans ma bouche, à ton tour. Mais ne me demande pas d’avoir pitié de toi, ni de tes lèvres, ni de tes baisers.
Je n’aurai pas pitié de tes lèvres; et donne-moi ta langue encore une fois. Simple muscle humide, bout de chair amorphe et lame enflammée. Perce en moi avec elle, et couvre- moi des mots que tu ne diras pas.
Laisse-moi danser dans ta pitié, et fragilise-moi, encore une fois...
Leonardo Montecchia
« Le baiser montre en acte et de fait la volonté d’aliénation et de disparition de soi dans une force supérieure qui digère les singularités propres. »
Michel Onfray
Travail chorégraphique autour d’un baiser.
Quatuor.
Cette création chorégraphique est un travail sur le désir ; l’envie de posséder le corps de l’autre. Le baiser comme fil conducteur. L’idée motrice sera que ce baiser devient la constante. La pièce est conçue comme un espace d’illusion, où les êtres veulent, sans condition, rester dans l’étreinte.
L’étreinte se décline sous toutes ses formes. Du baiser pudique jusqu’au baiser violent ; perdus tout au long de la pièce au sein des tourbillons environnants comme tentative de combler le vide ; baiser qui calme, baiser qui analgésique, qui phagocyte, qui dévore, baiser qui fait naître et qui fait disparaître. Un geste qui donne et quitte au même temps.
Je veux travailler sur la fusion des espaces. Le geste où l’espace intime se perd, pour créer un espace fusionnel où tout peut se perdre, et risquer...
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